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Analyse

Anticosti : Entre territoire, savoirs, nature, culture et hydrocarbures

20 janvier 2014

Anticosti, île mystérieuse frappant notre imaginaire collectif, est l’objet d’un projet spéculatif hautement médiatisé. Les titres de journaux tels « 40 milliards de barils de pétrole à Anticosti »1 et « Vol du siècle »2, suscitent bien évidemment des émotions et des réactions de toute part. Qui n’a pas entendu qu’il n’y a que 200 000 chevreuils sur Anticosti? Et pourtant, bien malgré tout, s’y trouve aussi un village logé au cœur de la Baie Gamache où les quelques 219 citoyens de Port-Menier se posent beaucoup de questions, la première étant, « est-ce que quelqu’un sait que nous existons? ».

C’est à partir de cette préoccupation que j’ai ancré ma recherche dans le cadre d’une maîtrise en science de l’environnement, au cœur du débat soulevé sur la place des hydrocarbures dans la société québécoise. Plus spécifiquement, je m’intéresse à la relation qu’entretiennent les Anticostien.nes avec leur territoire, la nature, la culture et les hydrocarbures. Qu’en est-il réellement sur l’Île d’Anticosti? Quelle est la voix des citoyens face au projet d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures sur leur territoire?

Durant les mois de mars et avril 2013, une enquête fut donc conduite afin de donner la parole aux  citoyens de Port-Menier, citoyens-experts de ce joyau échoué au cœur du Golfe du Saint-Laurent, et ainsi de démystifier les préjugés que les gens du « continent » peuvent avoir envers Anticosti et sa population.  Un monde de paradoxe s’ouvre devant nous dès que nous y mettons pied! Bienvenue en terre de grande liberté où la simplicité de la vie insulaire se confronte à sa complexité, sa facilité à la difficulté, et où l’environnement est considéré comme étant la dernière frontière vierge et sauvage alors qu’il en est un qui a totalement été modifié par son habitant prédominant, le chevreuil. Pas étonnant qu’Anticosti soit un beau problème!

Pour mener l’enquête, il m’est apparu essentiel de séjourner sur l’île et de tenter de m’intégrer le plus possible à la vie de la communauté. J’ai donc partagé le quotidien des insulaires lors de nombreuses activités de type communautaires et sociales, et aussi assisté à des rencontres municipales et des réunions de comités de citoyens. Observation, écoute, discussions, entrevues et distribution porte-à-porte d’un questionnaire élaboré en partenariat avec la communauté, furent des stratégies adoptées pour conduire cette enquête à laquelle 70% des personnes sollicitées ont répondu (représentant 61% de la population adulte). Voici un premier regard sur les résultats obtenus.

 

Rapport au territoire, à la nature et à la culture

Anticosti est un territoire intimement lié à la nature, à sa communauté et à sa culture. Pour citer les citoyens : « c’est le paradis, la liberté, la paix, un joyau, une qualité de vie, une communauté à échelle humaine ». C’est la « simplicité, la sécurité, la tranquillité, la santé ». C’est « l’omniprésence de la nature, la mer, la forêt, le « rife », les paysages ».C’est aussi « son histoire, son patrimoine, ses nombreuses épaves, ses mythes et légendes ». C’est « la diversité des écosystèmes, les grottes, les gâteaux de fossiles, ses rivières, sa faune terrestre, aviaire et aquatique exceptionnelle », et bien sûr, c’est aussi « le chevreuil, le cerf de Virginie, la chasse, la pêche ». « Anticosti! C’est la nature, l’immensité du territoire, c’est le contact humain, c’est la découverte constante »!

Toutefois, Anticosti est source d’incertitude et de « vivre la beauté avec inquiétudes ». C’est un territoire « mal connu, inconnu, méconnu, en déclin » qui est « unique », où « protection » et « sauvegarde » sont « essentielles », afin de « protéger les espèces menacées ou en voie de disparition ». Anticosti est « fragile ».

Vu du « continent », les Anticostiens sont très engagés dans leur communauté. En effet, 56% des répondants participent aux consultations publiques et 63% s’impliquent dans 26 comités, dont 18 conseils d’administration! « C'est vivre dans une petite communauté où tout le monde se connaît, où les diverses compétences de chacun sont mises à contribution pour assurer les services nécessaires ». Ce sont 87% des répondants qui font du bénévolat (la tendance canadienne est de 47% alors qu’au Québec, elle est de 37%) 3. Anticosti, « c'est l'entraide; le monde se tient beaucoup pour faire des activités; si tu es dans la misère, il y a toujours quelqu'un pour t'aider et te comprendre. C'est ce qui démarque Anticosti des grandes villes ».

Pour tous, Anticosti représente avant tout le milieu de vie, la nature et une qualité de vie incomparable malgré les aléas de l’insularité. Les Anticostiens ont été unanimes et sans équivoque à ce propos. Leur attachement reflète d’ailleurs leur vision du territoire, qu’ils soient natifs, non-natifs, hommes, femmes, tous âges confondus : en effet, 80% des répondants sont tout à fait en accord avec l’idée qu’Anticosti est un milieu de vie exceptionnel;  91% disent qu’elle fait partie du patrimoine naturel et 81% du patrimoine culturel du Québec.

 

Conservation et développement

Pour les gens d’Anticosti, la conservation correspond à la protection du territoire, de l’environnement et du patrimoine historique de l’île. C’est « protéger nos ressources, la gestion du chevreuil; c’est la protection de nos trésors naturels et culturels pour les générations futures ». Toutefois, elle est aussi considérée comme étant problématique, car « le chevreuil mange tout, petits fruits, etc.; il n’y a pas assez d’importance accordée à la conservation. La conservation est une inquiétude à long terme, un compromis, une priorité pour le milieu ».

Quant au développement, le nerf de la guerre est relatif à l’état actuel des choses et de la situation précaire de l’économie… c’est on ne peut plus clair! Pour 83% des répondants, le développement est un « problème » : les choses doivent « changer, évoluer » car« l’équilibre est précaire ». Il est « en perte de vitesse, difficile, insuffisant, compliqué, complexe, très couteux; mais aussi l’idée de développement est encore associée à la dépendance d’un organisme ou d’une entreprise ». Le développement est « une obligation pour garder le village vivant; c’est  nécessaire, indispensable et prioritaire pour pouvoir continuer à vivre à l’île. Mais on précise :« pas au détriment de l’environnement et pas à n’importe quel prix. Il faut rester conscients de la protection du milieu ». Le développement permettrait « d’accueillir d’autres familles, d’améliorer la qualité de vie, de donner plus d’ouvrage pour les gens de la place, de garder le monde dans l’île ». Il y aurait toutefois aussi des points de vue divergents : « les gens ne s’entendent pas sur le genre de développement; il y a beaucoup d’opposition, d’attitudes réfractaires, des craintes »;  souvent, des projets sont mis sur la glace ou abandonnés, pleins d’embûches ». On y sent une certaine lassitude, un essoufflement, un découragement…

Comme nous avons pu le constater, Anticosti est à un croisement crucial où la vie du village est précaire. La population y est décroissante. Malgré les hauts et les bas de la vie insulaire, d’un milieu isolé et en région éloignée, les Anticostiens sont avant tout engagés, débrouillards et résilients. Alors, quel avenir pour Anticosti?


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Membre de l’Institut des sciences de l’environnement et du Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et l’écocitoyenneté de l’Université du Québec à Montréal, Anne-Isabelle Cuvillier, enseignante de métier en quête d’un nouveau défi ralliant ses passions du plein air et de soif de nouvelles connaissances, s’est lancée dans cette grande aventure académique que représente des études de deuxième cycle en vue de compléter une Maîtrise en sciences de l’environnement. C’est dans le cadre de sa recherche qu’elle s’est penchée tout particulièrement sur la question socioécologique du projet d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures à l’Île d’Anticosti, où elle y a personnellement rencontré la vaste majorité de ses citoyens.

 
 
 
 
 
 

 

 

 
 

 

 

 
 
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