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Analyse

Le Québec et le Canada gardent l'industrie mortelle de l'amiante en vie

06 août 2012

Par David Suzuki
Généticien, journaliste et cofondateur de la Fondation David Suzuki


Mots-clés: Mésothéliome, amiante, marché, exportation, gouvernement du Québec et du Canada, Chrysotile Institute

 

Le mésothéliome est un cancer virulent qui affecte les parois des poumons humains. Il peut également endommager les membranes autour de l'abdomen, du cœur et des testicules. Le pronostic pour les gens atteints de cette maladie n'est pas rose. En fait, elle cause presque 90 000 morts évitables chaque année. Plus de 90 pourcent des cas sont attribués à l'exposition à l'amiante.

L'amiante se compose de minuscules fibres qui peuvent être inhalées et ainsi pénétrer les poumons. Étant donné qu'elles sont à base minérale, elles ne peuvent pas être décomposées par le système immunitaire, causant ainsi des inflammations. Les fibres se concentrent autour des parois pulmonaires et après plusieurs années voir 20 à 30 ans ou plus, peuvent être la source de mésothéliome et d'autres maladies.

L'amiante est reconnu comme substance cancérigène et a ainsi été banni dans plus de 50 pays, incluant tous les membres de l'Union Européenne. Ces pays semblent se débrouiller très bien sans cette substance, probablement parce que des alternatives sécuritaires existent pour la construction, pour la protection contre le feu et les autres usages de l'amiante. Le Canada et les États-Unis ne l'ont pas banni mais l'utilisent peu.

Même si le Canada ne dispose pas d'un marché domestique pour l'amiante, nous supportons activement cette industrie et faisons la promotion de l'exportation vers d'autres pays, spécialement en Inde. En fait, le Canada est un des rares pays qui exportent encore de l'amiante. Et en dépit des coupures gouvernementales, le gouvernement du Québec est intervenu afin de garder cette industrie en vie en prêtant à la mine de Jeffrey en Asbestos, Québec, 58 millions $ pour repartir et agrandir ses opérations.

La mine de Jeffrey est une des deux dernières au Canada, les deux ayant été fermées l'année passée. Les partisans gardent l'espoir de rouvrir l'autre mine, Lac d'amiante du Canada à Thetford Mines. Le Québec a parmi le plus haut taux de mésothéliome au monde.

Entretemps, le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral ont financé le Chrysotile Institute, un groupe de lobbying de l'industrie d'amiante, et ce pour un quart de million de $ ou plus par année. Le financement fédéral a été coupé l'année passée et l'institut a fermé ses portes plus tôt cette année. Le gouvernement fédéral s'est également opposé à des efforts internationaux demandant que l'amiante soit listée parmi les substances dangereuses et ce contre l'avis émis par Santé Canada. Ceci en votant de façon répétitive en défaveur de son inclusion à la Convention de Rotterdam des Nations Unies, un traité détaillant les substances dangereuses et imposant aux pays exportateurs de fournir aux importateurs toute information sur des interdictions, dangers et le maniement prudent.

L'amiante est possiblement assez bonne pour l'exportation en Indonésie et en Inde, mais pas pour les politiciens supportant l'industrie ici. Le gouvernement fédéral a dépensé des millions de dollars pour enlever de l'amiante des édifices de la Colline du Parlement et de la résidence du Premier Ministre. Par rapport à la substance qui sera enlevée de la mine de Jeffrey, donc plus de 200 000 tonnes par année pour les prochains 20 ans, elle sera envoyée à des pays en voie de développement qui possiblement n'adhèrent pas à des standards de sécurité pour son utilisation et son maniement.

Fait intéressant, le propriétaire de la mine de Jeffrey avait demandé une garantie pour son prêt, mais le Canada lui a offert directement un prêt. Peut-être que le secteur public ne voyait pas un futur lointain pour le commerce d'un carcinogène que plusieurs pays du monde sont en train de bannir. Il est particulièrement décevant de voir le gouvernement du Québec, ayant sinon une attitude environnementale favorable, supporter un projet avec des risques sanitaires et environnementaux connus.

Ça en dit également long sur l'absurdité du système économique où la création de quelques emplois et la relance économique est plus prioritaire que la prévention du cancer, la protection de la santé et d'un environnement propre. La réouverture de la mine de Jeffrey ne devrait que générer 400 emplois directs à un taux horaire d'environ 16 $.

Est-ce qu'un si petit gain économique vaut la misère et la mort qui seront causées par l'extraction et l'exportation? Plusieurs experts de la santé et de l'environnement ne le pensent pas. L'Association Médicale Canadienne, la Société Canadienne du Cancer, l'Association canadienne de santé publique, le Congrès du travail du Canada, et d'autres organisation demandant de bannir la substance. Des groupes de travailleurs exigent également des stratégies de transition pour des travailleurs touchés. Autour du globe, des agences de santé, des scientifiques et des médecins, incluant l'Organisation de la Santé Mondiale, ont prévenu des dangers de l'amiante et ont suggéré son interdiction.

Nous devons pousser les gouvernements du Québec et du Canada à écouter les scientifiques, les experts et le public et freiner cette industrie mortelle.

 

Écrit avec les contributions de la rédaction de la Fondation David Suzuki et le spécialiste de communication Ian Hanington.


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Généticien et journaliste de renommée internationale, David Suzuki est le cofondateur, avec Tara Cullis, de la Fondation David Suzuki. David Suzuki a acquis une réputation internationale en tant qu'animateur de la populaire série The Nature of Things présentée sur le réseau anglais de la Société Radio-Canada. Entre 1969 et 2001, il a fait partie du corps enseignant de l'Université de la Colombie-Britannique et y est maintenant professeur honoraire.

Auteur de plus de 40 livres, il est reconnu mondialement comme chef de file dans le domaine de l'écologie durable. David Suzuki a reçu plusieurs récompenses pour son travail, notamment le Prix scientifique UNESCO et une médaille du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), et a été reçu Compagnon de l'Ordre du Canada. Il est titulaire de 22 doctorats honorifiques qui lui ont été décernés par des universités canadiennes, américaines et australiennes. David Suzuki a eu l'honneur de recevoir six noms autochtones et d'avoir été officiellement adopté par deux tribus en raison du soutien indéfectible qu'il a accordé aux Premières Nations canadiennes.


Cette analyse est rendue possible grâce à une collaboration entre GaïaPresse et la Fondation David Suzuki, dans l'esprit d'améliorer la compréhension des enjeux environnementaux avec rigueur et pertinence.

 
 
 
 
 
 

 

 

 
 

 

 

 
 
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