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Analyse

Propriétaires agricoles riverains et tortue des bois : des résultats probants

02 décembre 2013

Par Mélanie Lelièvre 
Directrice générale de Corridor appalachien
et Clément Robidoux
Biologiste et coordonnateur à la conservation à Corridor appalachien
 

Depuis ses touts débuts en 2002, Corridor appalachien veille au maintien des populations de tortue des bois, une espèce rare et menacée. Le sud des Cantons-de-l’Est, où oeuvre l’organisme de conservation, offre des habitats de grande qualité pour l’espèce. Pour en assurer la protection, Corridor appalachien a réalisé, au cours de la dernière décennie, divers projets et suivis auprès de différents secteurs de la population (forestiers, propriétaires fonciers, etc). C’est en 2009 que l’organisme lançait une initiative ciblant tout particulièrement les propriétaires de terres agricoles le long des rivières Missisquoi, Missisquoi Nord, et Sutton. 

 

Pourquoi les agriculteurs? 

Les résultats d’une étude réalisée en 1998 dans la région de Brome-Missisquoi (Saumure et Bider) suggèrent que l’on retrouve moins de jeunes tortues chez les tortues des bois vivant en milieu agricole que dans les populations vivant en milieu forestier. De plus, dans un contexte agricole, les tortues présentent un taux de blessure à la carapace deux fois plus élevé qu’en milieu forestier. Plusieurs cas de collisions mortelles avec des lames de faucheuses à disque sont observés de même que des cas d’ensevelissement à la suite de travaux effectués en bordure de rivière. 

La tortue des bois est la plus terrestre de toutes les tortues d’eau douce au Québec : elle peut s’aventurer jusqu’à 300 m des cours d’eau. Comme seulement 1 % des tortues atteignent la maturité sexuelle (l’âge vénérable de 13 ans), les effets de la mortalité d’une seule tortue mature peuvent comporter de graves conséquences sur la population entière. En effet, l’espèce comptant sur la viabilité des adultes pour se maintenir, un taux de mortalité de plus de 5 % de ceux-ci entraînerait le déclin graduel de la population (Congdon et al. 1993; Cameron and Brooks 2002). 

Les agriculteurs peuvent faire une différence majeure dans la survie des populations de tortues des bois. Pour leur fournir les outils appropriés, des mesures ont été proposées en 2010 par un panel de spécialistes de l’espèce provenant du milieu agricole et de celui de la conservation. 

 

Le projet 

En 2011, Corridor appalachien contactait 58 propriétaires et exploitants agricoles riverains pour les inviter à modifier leurs pratiques au bénéfice des populations menacées de tortues des bois, en augmentant la hauteur de fauche du foin et des prairies à un minimum de 10 cm (4 pouces), sur des bandes de 200 m de profondeur de chaque côté des rivières ciblées. De ce nombre, 23 ont répondu positivement, étonnés et fiers de la présence de cet animal rare et menacé sur leurs propriétés, représentant ainsi 300 ha d’habitat pour les tortues. 

Les agriculteurs qui ne se sont pas engagés à respecter cette mesure ont cité deux principaux facteurs influençant leur décision : la perte de rendement ou de revenus ainsi que le leur scepticisme par rapport à la présence de la tortue des bois sur leurs terres. 

En 2012, notre équipe réalisait le suivi auprès des agriculteurs engagés et obtenait les résultats suivants : 12 des 23 propriétaires engagés avaient fauché leurs champs (plus de 52 %). De ces 12 propriétaires, 8 avaient respecté la hauteur de coupe suggérée (plus de 66 %). Ceux qui n’avaient pas respecté la nouvelle mesure avaient eu recours, en majorité, à un contractant externe pour effectuer la fauche. Dans ces cas, il peut être difficile pour certains propriétaires de faire appliquer la mesure d’atténuation car les sous-traitants l’ont parfois oublié, ou sont réfractaires à son application. Le changement de pratique est d’autant plus difficile à effectuer, tenant compte que le respect de la hauteur de coupe n’est pas contraignant dans les ententes de fauche avec un tiers et que les opérations de coupe ont souvent lieu sans que le propriétaire n’en connaisse la date exacte. La validation sur le terrain entreprise en 2012 a donc permis d’identifier les endroits où la hauteur de fauche n’a pas été augmentée, et d’en informer les propriétaires afin de corriger la situation à la prochaine coupe. 

Crédit photo : Marc Lepage

Des recommandations 

Afin de contrer les facteurs limitant la hausse de la hauteur de fauche, il serait d’abord important de trouver un incitatif financier pouvant être octroyé aux producteurs agricoles qui désirent s’engager à appliquer cette mesure. De plus, inclure les propriétaires aux prochains suivis des populations de tortues des bois sur le terrain permettrait d’aller à la rencontre de l’espèce et d’effacer les doutes sur sa présence. Il serait également suggéré d’inviter les agriculteurs, dans une perspective plus globale, à participer aux différentes initiatives de protection de la tortue des bois, afin qu’ils prennent part aux processus de décisions. 

Puisque plusieurs propriétaires engagés ont eu du mal à convaincre leur contractant de respecter la mesure de protection, il est essentiel de cibler cette clientèle au cours des années à venir. Il faudra donc établir un contact avec les contractants engagés à forfait pour la coupe des foins afin de les informer du projet en cours, de les sensibiliser à la protection de la tortue des bois et les inciter à respecter la mesure d’atténuation proposée. 

Finalement, la méthode d’ensilage en un jour pourrait faire l’objet d’une campagne de promotion. Cette méthode requiert de hausser la coupe du foin à 10 cm du sol pour accroître l’aération de l’andin et ainsi assécher plus rapidement la matière végétale. Ce faisant, la valeur nutritive du foin est plus élevée par la perte réduite de sucres et d’amidon dans le fourrage due à la respiration de la plante pendant la nuit. La concentration dans le temps des opérations au champ réduit le risque de contacts entre la machinerie et les tortues. 

Les prochaines étapes 

Afin de contribuer au maintien de la tortue des bois ailleurs au Québec, Corridor appalachien compte transférer le projet à d’autres organisations oeuvrant sur des territoires où des populations de l’espèce subissent les mêmes menaces. 

En terminant, nous tenons à souligner la réponse positive des propriétaires au projet et leur sensibilité au bon maintien des populations de l’espèce. Leur engagement saura sans doute améliorer la situation des populations de tortues des bois dans les secteurs visés. Rappelons que les exploitants agricoles peuvent jouer un rôle déterminant dans le maintien et la protection de la biodiversité, nécessaire à l’équilibre des écosystèmes qui sont au coeur du développement physique et économique de nos communautés. 


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Agronome de formation, spécialisée en agriculture biologique, Mélanie Lelièvre occupe depuis 2007 le poste de directrice générale de Corridor appalachien. C’est avant tout la protection de l’environnement et la biologie qui l’ont attirée au sein de l’organisme, où elle contribue directement à la coordination de projets spécifiques, administre la gestion des ressources humaines et financières, contribue au rayonnement de l'organisation et au développement de partenariats.

Clément Robidoux est le coordonnateur à la conservation pour Corridor appalachien. En tant que biologiste spécialisé en écologie, il est responsable des inventaires et des évaluations écologiques ainsi que de l’élaboration des plans de conservation et des plans pour les propriétés protégées. Clément est aussi responsable du suivi d’espèces en péril sur le territoire d’action de Corridor appalachien.

 
 
 
 
 
 

 

 

 
 

 

 

 
 
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