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Analyse

Rions un peu !

22 octobre 2012

Par Karel Mayrand
Directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki


Qui ne se souvient pas d'avoir ouvert un exemplaire du Sélection du Reader's Digest pour y lire la chronique « Rions un peu » qui nous déridait de blagues pour toute la famille. Je ne lis plus le Reader's Digest depuis des lustres, mais heureusement l'Institut économique de Montréal (IEDM) continue de m'étonner et de colorer ma vie de son humour involontaire.

Dans sa dernière publication, « Comment l'innovation rend les sables bitumineux de l'Alberta plus verts », l'IEDM s'emploie à démontrer que les sables bitumineux sont verts, un peu comme l'industrie américaine du charbon nous suggère que le charbon est propre (visitez ce site, ça vaut le détour : http://www.coal-is-clean.com/).

Revenons à l'IEDM : il avance pompeusement par communiqué que 71 pour cent des Canadiens jugent significatifs les efforts faits pour limiter l'impact environnemental des sables bitumineux. D'après L'IEDM : « Peu de gens savent que la production d'un baril de pétrole provenant des sables bitumineux émet de 26 à 29 pour cent moins de gaz à effet de serre dans l'atmosphère qu'il y a vingt ans, ou encore que plus de 70 pour cent de l'eau utilisé dans le processus d'extraction est recyclé. Lorsqu'ils sont informés de ce genre de progrès, une forte majorité de Canadiens, soit 71 pour cent, estiment que ces efforts pour protéger l'environnement sont significatifs ».

Si, par exemple, je posais la même question, mais avec un préambule différent, je pourrais arriver à un résultat différent lui aussi : « Peu de gens savent que la production d'un baril de pétrole provenant des sables bitumineux émet 2 à 3 fois plus de gaz à effet de serre dans l'atmosphère que le pétrole conventionnel, et que les bassins de rétention des eaux usées toxiques ne cessent de croître. Lorsqu'ils sont informés de ce genre de problèmes, une forte majorité de Canadiens, soit 71 pour cent, estiment que ces efforts pour protéger l'environnement sont insuffisants. »

J'en conclus que l'IEDM souhaitait nous faire rigoler un peu.

Mais attendez, ce n'est pas fini !

Je reproduis ici la suite du communiqué, qui est une pièce d'anthologie :

« En mentionnant au passage que le père de l'industrie pétrolière est un... Canadien, les auteurs rappellent que le pétrole, aujourd'hui tant décrié, a permis d'améliorer la qualité de nos vies et de notre environnement. Par exemple, en remplaçant le bois de chauffage par des combustibles liquides, on a nettement amélioré la qualité de l'air des maisons, réduisant ainsi les risques de maladies pulmonaires chroniques. »

Pour bien garder l'effet humoristique, le communiqué et l'étude ne mentionnent pas les effets sanitaires du smog urbain causé par l'automobile, particulièrement sur les enfants et les personnes âgées. Poursuivons :

« De plus, le pétrole a favorisé le développement du transport sur de longues distances, ce qui a contribué à réduire massivement les famines. Au lieu de dépendre uniquement de l'agriculture de proximité, une région aux prises avec de mauvaises récoltes peut désormais acheter de la nourriture provenant d'une autre région qui, elle, a produit des surplus. »

Donc, si nous mangeons à notre faim aujourd'hui, c'est grâce au pétrole. C'est de l'humour noir ! Très audacieux quand on pense aux 840 millions de mal nourris dans le monde. Enfin, la meilleure de toutes les blagues :

« Les ressources pétrolières ont aussi permis de grands progrès sur le plan des transports. Cela permis de retirer les chevaux des villes, une cause de pollution urbaine beaucoup plus importante que les émanations des voitures. Cet animal enduisait en effet les rues de sept litres d'urine et de vingt kilos de fumier par jour en moyenne. En plus d'attirer des vecteurs de maladies tels insectes et vermines à proximité des humains, les chevaux causaient plus d'accidents mortels que les automobiles, précise le Professeur Desrochers. »

Prenons le temps de reprendre notre souffle. Donc, le bilan routier des chevaux était pire que celui des 4 millions d'automobiles en circulation au Québec. Les chevaux polluaient plus que 4 millions de voitures en plus de sentir mauvais et de faire pipi partout !

Consolons-nous, l'IEDM semble enfin reconnaître dans un passage de l'étude l'existence des changements climatiques, mais sans reconnaître le lien avec l'activité humaine et en minimisant l'impact négatif sur notre développement futur : « l'humanité va continuer de prospérer comme elle le fait depuis le dernier siècle et demi, une période caractérisée par un réchauffement climatique. »

Me voilà rassuré.


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Karel Mayrand est directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki et président du Projet de la réalité climatique d'Al Gore pour le Canada. Il a publié Une voix pour la Terre (Éditions du Boréal, 2012).


Cette analyse est rendue possible grâce à une collaboration entre GaïaPresse et la Fondation David Suzuki, dans l'esprit d'améliorer la compréhension des enjeux environnementaux avec rigueur et pertinence.

 
 
 
 
 
 

 

 

 
 

 

 

 
 
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