La motoneige doit sortir du parc national des Monts-Valin

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La présence de motoneiges dans certains parcs du Québec fait couler beaucoup d’encre ces jours-ci! Le directeur général du Conseil régional de l’environnement et du développement durable du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Daniel Groleau, dresse un portrait de la problématique dans le parc national des Monts-Valin.

 

Par Daniel Groleau
Directeur général du Conseil régional de l’environnement et du développement durable du Saguenay-Lac-Saint-Jean et membre de la Table d’harmonisation du Parc national des Monts-Valin



C’est totalement incompréhensible que la SÉPAQ, et son Parc national des Monts-Valin créé en 1996, ne reçoivent toujours pas plus de support de la part de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui peut bénéficier de sa présence. Je fais référence ici au litige entourant la présence illégale de la motoneige sur le petit territoire du Parc national. Elle est illégale puisque la loi sur les parcs est très claire à ce sujet, les parcs sont des territoires où les activités sportives motorisées sont interdites. Mais depuis maintenant 11 ans, les Ministres de l’Environnement qui se sont succédés ont dû signer tour à tour des lettres de dérogations permettant à la motoneige d’exercer ses activités à l’intérieur des limites du Parc national, compromettant ainsi son développement en raison d’une incompatibilité entre les activités motorisées et non motorisées.

Avant d’aller plus loin, rappelons d’abord certains chiffres puisqu’ils sont tout de même très significatifs. Imaginez que le Parc national des Monts-Valin n’est qu’une petite pointe de tarte de  154,2 km2 sur une immense tarte de 6 900 km2 qui elle,  représente la superficie totale de ce que l’on appelle le Massif des Monts-Valin, un des terrains de jeux par excellence de la motoneige au Québec. Le sentier local de motoneige à l’intérieur des limites du Parc national, autour duquel le litige persiste depuis maintenant 11 ans, est long de 20km et il donne accès à un des plus hauts sommets du Parc, le Pic de la Hutte. Il est important de préciser que ce tronçon n’est l’objet d’aucune publicité particulière pour attirer les motoneigistes de l’extérieur de la région. Le réseau complet du Massif des Monts-Valin peut compter sur 1200 km de sentiers de motoneige. Selon un sondage effectué récemment, un motoneigiste sur trois seulement affirme avoir déjà grimpé le Pic de la Hutte (Sondage Unimarketing, hiver 2007 ; commandé par Promotion Saguenay et le Club de motoneige Caribou-Conscrit). Pour terminer cette mise en contexte, la Chaire de recherche en tourisme de l’Université du Québec à Montréal révélait récemment dans une étude que seulement 4% des québécois qui pratiquent des activités hivernales ont choisi la motoneige. Plus près de nous, un sondage Cyberpresse du Quotidien pour lequel 382 personnes ont pris la peine de répondre nous apprenait que 79% des répondants disent choisir des activités non motorisées, ici même dans le royaume presque incontesté de la motoneige.

Hypothétiquement, si la région perdait le Parc national, elle ne gagnerait pas tellement sur le plan économique sinon quelques km2 de territoires libres et un statut légal pour un sentier de motoneige de 20 kilomètres. Soyons tout de même honnêtes, peut être verrions-nous poindre à l’horizon un projet de condos qui viendrait à jamais cicatriser les versants de ce magnifique paysage montagnard pour lequel nous évaluons cependant encore bien mal à ce jour la valeur économique liée à sa naturalité. Retombons dans les chiffres et tentons maintenant d’estimer ce que la région perdrait assurément si le Parc n’y était plus. Précisons-le, il s’agit d’abord et avant tout d’un territoire unique ayant comme mission première sa conservation et sa mise en valeur par une offre d’activités écotouristiques de plus en plus en demande (je vous rappelle qu’il s’agit d’activités non motorisées) ; c’est 20 emplois plutôt bien rémunérés et bientôt presque à l’année; 100% d’occupation entre le 25 décembre 2007 et le 5 janvier 2008 (capacité de 80 lits qui prévoit être doublée à moyen terme) ; une hausse de 43% des revenus et de 53% des réservations pour le reste de l’hiver par rapport à la même date en 2006-2007 ; 40% des revenus sont générés par les activités estivales (en croissance) ; les réservations se font jusqu’à un an d’avance pour ce genre de produit qui n’a que très peu ou pas d’équivalent ailleurs en région ; c’est  800 000$ par année en frais d’opération dont presque 50% représente des achats de biens et services dont 80% sont effectués dans la région (ex. : 20 000$ d’achat d’essence chez des fournisseurs régionaux) ; et finalement, 25% de la clientèle seulement est régionale, donc c’est trois visiteurs sur quatre qui proviennent de l’extérieur et ce malgré que la neige est présente partout cette année au Québec.

Si vous revenez au début du texte, je vous l’ai dit, je trouve la situation « incompréhensible ». Pour cette région où les décideurs sont à l’affût de toutes les opportunités pour diversifier une économie parfois chancelante, il y a réellement une dimension ici qui m’échappe. Je me l’explique par le fait que comme bien d’autres Parcs nationaux du réseau de la SEPAQ, ceux-ci demeurent souvent très méconnus par ceux qui les côtoient de près, mais ils représentent des joyaux pour ceux qui n’y ont accès que rarement. Le type d’activités offert sur ces territoires et la garantie d’absence de conflits d’usages entre des activités motorisées et celles non motorisées représente un pouvoir d’attraction encore insoupçonné par plusieurs décideurs régionaux et qui affirmons-le, est en constante augmentation. Ce qui n’est malheureusement pas le cas pour la motoneige, que les statistiques semblent plutôt présenter comme une activité sur le déclin. Mais il faut garder l’esprit ouvert et constater qu’il y a amplement d’espace pour développer les deux types d’activités dans le respect de ces deux mondes, qui malheureusement se côtoient difficilement. C’est justement ce respect pour le Parc national qui fait dangereusement défaut pour le moment et qui risque de compromettre les investissements futurs prévus pour son développement. Il faut donc s’entendre rapidement sur un calendrier de retrait, et les instances régionales qui ont une responsabilité face au développement économique de cette région doivent s’y rallier et l’appuyer sans plus attendre.  La ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Mme Beauchamp n’attend plus que ce signal de consensus régional pour agir, un signal qui apparemment ne se fait toujours pas entendre.


Et je ne vous ai toujours pas parlé d’environnement ni de changements climatiques.


Par Daniel Groleau
Directeur général du Conseil régional de l’environnement et du développement durable du Saguenay-Lac-Saint-Jean et membre de la Table d’harmonisation du Parc national des Monts-Valin

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