Spécial Poznan – Li Yan, porte-parole de Greenpeace Chine à Poznan : L’environnementalisme avec caractéristiques chinoises*

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Par Patrick Alleyn
Correspondant de GaïaPresse basé en Chine, Patrick a joint Li Yan en Pologne


 
 

La jeune écologiste chinoise Li Yan a grandi dans l’une des villes les plus polluées de Chine. Elle en est restée malade. Li Yan a gravi le Toit du monde pour mesurer la fonte dramatique des glaciers de l’Himalaya. La jeune femme de 28 ans, porte-parole chinoise de Greenpeace à la conférence de Poznan sur les changements climatiques, appelle une révolution des énergies renouvelables.
 
« Presque toute ma famille et la plupart de mes amis ont des problèmes respiratoires », lance d’emblée Li Yan. La jeune Chinoise a grandi à Lanzhou, dans le nord-ouest de la Chine, l’une des villes les plus polluées sur Terre. Elle énumère les malheurs de la ville de son enfance : « Pollution de l’air à cause du charbon, pollution de l’eau et tempêtes de poussière causées par la désertification ». Aujourd’hui, à 28 ans, Li Yan est responsable de la campagne de Greenpeace Chine sur les changements climatiques. Elle est attachée au bureau de Pékin, qui compte sur une vaste équipe formée majoritairement de jeunes Chinois (Greenpeace Chine compte deux autres bureaux : Guangzhou et Hong Kong). 
 
Photo : Greenpeace Chine

Li Yan, porte-parole de Greenpeace Chine : « Nous estimons la capacité éolienne de la Chine à l’équivalent de cinq barrages des Trois Gorges ».

Li Yan fait partie de la nouvelle génération chinoise apportant leurs baguettes dans les restaurants. « Chaque année, on jette en Chine 45 milliards de baguettes de bambou, contribuant à la déforestation », déplore-t-elle. « Mon expérience à Lanzhou m’a motivée à suivre des études environnementales à l’université à Pékin », dit Li Yan. Elle a ensuite travaillé pour le Bureau de l’environnement du gouvernement municipal de Pékin, avant de devenir une activiste de Greenpeace Chine.  


Elle est aujourd’hui à Poznan, en Pologne, avec la délégation chinoise de Greenpeace, pour y défendre « dans la rue » les positions de l’organisation écologiste à la conférence de l’ONU sur les changements climatiques. Elle participe au campement avec d’autres
équipes de Greenpeace aux abords d’une mine de charbon à ciel ouvert, dans une immense tente empruntant la forme de la Terre, baptisée La Station de sauvetage du climat.
 
À l’autre bout du fil, sur Skype, son ton de voix a le style posé et positif des jeunes femmes Chinoises éduquées d’aujourd’hui. Son anglais mélange accents britannique et américain.

Nouveau modèle de développement
 
En 2006, la Chine a détrôné les États-Unis d’Amérique, au titre de plus grand émetteur de gaz carbonique (CO2) du monde, la principale cause de l’effet de serre à l’origine des changements climatiques. Or, les Chinois sont quatre fois plus nombreux que les Américains et la majorité d’entre eux attend encore les bénéfices du développement. Selon la Banque mondiale, 204 millions de Chinois vivent toujours avec moins de 1 $ US par jour. La Chine multiplie la construction de villes pour urbaniser des centaines de millions de paysans et lutter contre la pauvreté. Les besoins énergétiques de la Chine vont aller s’accroissant.
 

Une centrale au charbon
aux dix jours


Chaque dix jours, la Chine construit une nouvelle centrale électrique au Charbon. En même temps, en 2007, la Chine a été le pays au monde qui a produit le plus grand nombre de turbines éoliennes…

« Nous affrontons un grand défi », analyse Li Yan. « Nous devons répondre aux aspirations des millions de Chinois vivant dans la pauvreté, mais nous ne pouvons suivre le modèle de développement des États-Unis ou de l’Europe. La voie chinoise sera complexe à définir ». « Mais une réponse existe déjà, croit-elle, et c’est le développement tous azimuts des énergies renouvelables ».

 
« Il faut d’abord rétablir le prix réel du charbon, en faisant payer aux entreprises reliées à cette industrie les coûts — pollution des cours d’eau et des terres, des dommages aux routes, les maladies respiratoires, etc. — que son extraction, son transport et son usage
engendrent. Après, de nouvelles technologies énergétiques renouvelables — le vent, les vagues, les biogaz, le soleil — deviendront concurrentielles », analyse Li Yan. Présentement, les centrales au charbon couvrent 70 % des besoins énergétiques en Chine. Le pays en construit une de plus tous les dix jours! Et la production électrique à partir de la houille devrait devenir la source principale d’émissions de CO2 dans l’atmosphère. 
 

Dommages de 250 milliards $US

L’an passé, les dommages sociaux et environnementaux causés par l’usage du charbon ont coûté à la Chine 250 milliards de dollars US (7 % de son PIB), selon le récent rapport Les Vrais coûts du charbon, commandé par Greenpeace Chine, le Fonds mondial pour la nature (WWF) et la Energy Foundation, à une équipe d’économistes chinois. Les mines de charbon ont aussi, de 2000 à 2006, enlevé la vie à 31 000 mineurs (officiellement)… La combustion de charbon est l’une des causes principales des changements climatiques.

« La Chine a les moyens de devenir le leader des solutions vertes et des énergies renouvelables », croit Li Yan. « Depuis deux ans déjà, les parcs d’éoliennes connaissent une expansion phénoménale de plus de 100 % par année en Chine », rapporte-t-elle.  « Selon des recherches menées avec le Conseil mondial de l’énergie éolienne et l’Association chinoise des industries de l’énergie renouvelable, la capacité en énergie éolienne de la Chine peut atteindre 122 gigawatts d’ici à 2020 », indique l’écologiste chinoise. « C’est l’équivalent de cinq barrages comme celui des Trois Gorges », ce symbole controversé du miracle économique chinois. L’harnachement du Yangtsé, le 3e fleuve au monde, a forcé le déplacement d’un million de riverains. Les glissements de terrain suivant l’ennoiement de son bassin obligeront à reloger un autre million d’habitants.

« Mais, tient à rappeler Li Yan, la Chine est aussi l’une des premières victimes du changement climatique ». Li Yan a été à même de constater l’une de ses conséquences dramatiques, quand en 2006 elle a accompagné une expédition de Greenpeace, avec des scientifiques chinois, sur le plateau Tibétain — le Toit du monde. Là-haut, en comparant avec une image datant de 1968, ils ont pu observer la fonte des glaciers alimentant les grands fleuves de Chine et d’Asie du Sud-Est, dont la liste donne le tournis : fleuves Jaune, Yangtsé, Indus, Ganges… Ces grands cours d’eau approvisionnent le quart de l’humanité. « Des inondations locales suivies de pénuries d’eau, d’ici 20 ou 30 ans, pourraient affliger des centaine de millions de personnes », s’alarme-t-elle.
 
Elle espère que, à la conférence de Poznan, les économies émergentes comme la Chine et l’Inde s’uniront pour proposer un plan énergétique basé sur des ressources renouvelables. Elle croit à une vision commune assurant leur nécessaire croissance, en bénéficiant du soutien des pays industrialisés, pour implanter une alternative au développement actuel. Elle avoue fonder des espoirs sur Barack Obama, le nouveau président américain. Il n’a pas encore pris possession de la Maison-Blanche, au moment où débute la conférence de Poznan, « mais il pourrait assurer un rôle déterminant des États-Unis dans le sprint suivant, durant la prochaine année, en vue de l’échéance de Copenhague où les pays du monde devront s’entendre sur le traité succédant à l’Accord de Kyoto. Nous espérons que la Chine jouera un rôle majeur pour amener les États-Unis à signer un nouveau protocole sur la réduction des gaz à effet de serre ».





Par Patrick Alleyn
Correspondant de GaïaPresse basé en Chine

 

Patrick Alleyn est un journaliste et photographe montréalais basé en Chine. Après des études en journalisme et en cinéma à l’UQÀM et à l’Université de Montréal, il s’est d’abord engagé, durant 12 ans, comme organisateur communautaire dans la défense des personnes itinérantes, puis dans la revitalisation des quartiers défavorisés à Montréal. De 2000 à 2004, il se joint au magazine Recto Verso, spécialisé dans les reportages sociaux et environnementaux, où il occupe les fonctions de rédacteur en chef adjoint et de directeur photo. Depuis 2004, il poursuit une carrière de reporter indépendant, surtout à l’étranger, où il s’intéresse notamment aux grands chantiers environnementaux. On peut lire son reportage sur les tempêtes de poussière en Chine (en anglais), accompagné des images de Benoit Aquin (Prix Pictet 2008), sur le site du magazine The Walrus : www.walrusmagazine.com/articles/2007.10-china-desert/ 


 
* Tiré d’un blog de Greenpeace Chine, ce titre fait un clin d’oeil à la formule «Socialisme avec des caractéristiques chinoises», élaborée par le Parti communiste chinois pour défendre le socialisme de marché implanté par feu Deng Xiaoping après la mort de Mao, il y a trente ans.

 

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