Développement durable : bâtir des ponts avec la Suède

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Par Kim Cornelissen
Consultante en développement régional et international



Mots clé : environnement, développement durable, Québec, Suède, Europe.

Bien qu’issu de la culture française et voisin du reste du Canada (ROC) et des États-Unis, le Québec aurait avantage à s’inspirer de pays novateurs lorsqu’il pense à son développement au cours du 21e siècle.


Très souvent, il se contente de regarder ces trois « empires » pour se trouver des modèles de gestion et de politique, et ce, dans divers domaines. La France est citée plus souvent qu’à son tour, de même que les États-Unis et l’Ontario, voire d’autres provinces du Canada. C’est un peu normal, puisque celui-ci continue de subir l’impérialisme traditionnel de ses mères patries, la France et l’Angleterre, de même que l’influence parfois abêtissante des États-Unis. De plus, n’étant pas un pays indépendant, le Québec doit également composer avec nombre de décisions fédérales qui sont souvent très éloignées de ses propres valeurs. Personne ne peut ignorer l’attitude du gouvernement conservateur, qui semble trouver un malin plaisir à s’attaquer à notre culture, à notre identité et à nos idéaux en matière d’environnement, d’égalité femmes-hommes, de soutien aux jeunes en difficulté ou de transparence. Les dernières élections fédérales ont clairement démontré la réalité des deux solitudes.

La Suède : figure de proue de l’environnement

Dans un contexte où l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité un virage vers le développement durable, il est plus qu’éloquent de constater que tous ces modèles nationaux sont loin d’être des figures de proue. Une courte analyse des scores nationaux, dans le cadre d’un exercice de comparaison des principaux éléments pertinents en développement durable, démontre que, dans l’ensemble, la France, le Canada anglais et les États-Unis ne font pas très bonne figure, alors que la Suède, elle, s’affiche généralement en tête du peloton mondial. Heureusement pour nous, la Suède est un autre modèle qu’aime imiter le Québec.

Les divers indicateurs du tableau ci-dessous ont été choisis en fonction de la définition du développement durable du Gouvernement du Québec, qui se lit comme suit :

Au Québec, le développement durable s’entend donc d’« un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Le développement durable s’appuie sur une vision à long terme qui prend en compte le caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale et économique des activités de développement. »


Tableau 1. Comparaison entre divers pays sur les principaux indicateurs liés au développement durable


Indicateurs Suède Canada France États-Unis Royaume-Uni
Perception la moins élevée de corruption (2008)
1 9 23 18 16
Liberté de presse (2008)

3 10 14 9 10
Responsabilité sociale des entreprises (2007) 1 10  17 18
5
Plus bas indicateur de pauvreté (20072008)
1 8 11 17 16
Meilleur pays pour les mères (2008) 1 20 10 27 14
Mieux-être des enfants dans les pays riches (2007) 2 12 15 19 20
Où règne le plus la paix
(2007)
7 8 34 96 49
Compétitivité (2008-2009)

4 10 16
1
12
Taux de chômage (2008)

 4,5 %
6 %
8 % 4,6 %
5,4 %
Performance environnementale (2008)
3 12 10 39 14
Égalité femmes/hommes (2008)

3 31 15 27 13
Facilité des transactions d’affaires (2008)
3 5 19 14 16
Technologies de l’information (2008-2009)
2 13 21 4 15
Plus haut niveau d’innovation

4 13 12
3 18

 


Comme on peut le constater à la lecture du tableau, la Suède domine autant pour ce qui est des questions environnementales qu’économiques ou sociales. De plus, sa préoccupation pour des questions relatives au mieux-être des enfants, à la lutte à la corruption, à la paix et à la transparence rappelle grandement la définition du développement durable que l’on peut extraire de la philosophie des Amérindiens, telle que mentionnée par Carol Jacobs, mère du clan Cayuga Bear, lors d’une rencontre à l’ONU, en 1995 :


« Lorsqu’ils énoncent une loi, nos chefs doivent toujours considérer trois choses : l’impact de leur décision sur la paix; son impact sur le monde naturel; et son impact sur les sept prochaines générations. Nous croyons que tous les législateurs devraient être tenus d’adopter ce point de vue et que toutes les constitutions devraient inclure ces règles. » (1)

Renforcer les liens Québec-Suède

Les liens avec la Suède sont d’autant plus intéressants à développer pour le Québec qu’il existe de nombreuses similitudes entre les deux nations, et ce, tant pour ce qui est du climat et de la taille de population, que de la présence de communautés autochtones et de la nécessité de défendre sa langue et sa culture. Or, bien que la Suède soit mentionnée fréquemment dans les articles, les recherches et les reportages, il n’existe même pas de bureau du Québec à l’étranger, comme on en retrouve en France, en Belgique, en Espagne, en Italie ou en Allemagne, tel que démontré dans l’illustration ci-dessous :


Figure 1. Emplacement des bureaux du Québec à l’étranger



C’est le bureau de Londres, responsable des affaires scandinaves, qui s’occupe des relations avec la Suède, entre autres sujets.


Si le Gouvernement du Québec désire véritablement croître selon les principes du développement durable, il serait plus que temps qu’il corrige cette situation et qu’il multiplie les ponts avec la Suède, tant au niveau diplomatique que pour ce qui est de la recherche, des politiques gouvernementales et des échanges commerciaux. Non seulement nous aurions grand plaisir à partager notre expertise souvent complémentaire, mais la Suède pourrait profiter de notre caractère débrouillard et créatif. Nous pourrions ainsi passer plus rapidement d’un Québec qui veut à un Québec qui peut.




Par Kim Cornelissen
Consultante en développement régional et international


L’auteure est consultante en développement régional et international, entre autres sur les questions relatives au développement durable et aux liens entre la Suède et le Québec.



Source :

(1) Akwesasne Notes New Series, Automne — Octobre/novembre/décembre 1995, Volume 1, nos 3 et 4, p. 116-117. Texte original : “In making any law, our chiefs must always consider three things: the effect of their decision on peace; the effect on the natural world; and the effect on seven generations in the future. We believe that all lawmakers should be required to think this way, that all constitutions should contain these rules.”

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