Un nouveau train de déchets hautement radioactifs s'apprête à traverser la France

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Nouveau transport de déchets hautement radioactifs de l'Italie vers La France : faisant fi de la catastrophe de Fukushima, les Etats européens reprennent leur trafic de déchets nucléaires : une fois encore, nucléaire et démocratie ne font pas bon ménage…

Entre le 8 et le 10 mai prochains, un train transportant du combustible usé italien hautement radioactif devrait quitter l'Italie pour rejoindre le terminal ferroviaire de Valognes (Manche). En France, il traversera 12 départements(1), et empruntera une fois de plus les voies du RER en région parisienne, pendant les heures de pointe. Une fois arrivés au terminal de Valognes, ces déchets seront  acheminés par la route à l'usine AREVA de La Hague pour y être – selon le terme employé par l'industrie – "traités". Ces déchets devraient retourner en Italie probablement entre 2020 et 2025, où aucune solution n'existe pour les accueillir.

 

Un transport à haut risque

Hautement radioactif, le combustible usé, composé majoritairement d’uranium, mais aussi de plutonium, dégage énormément de chaleur. Comme tout transport de matières radioactives, ce convoi montre des risques en termes de sûreté et de sécurité, notamment du fait de la concentration des déchets dans les wagons. Il ne permet pas non plus d’éviter les zones urbaines.

Les rayonnements radioactifs “Gamma“ émis par les conteneurs “CASTOR“ se propagent à plusieurs dizaines de mètres du wagon et exposent à des radiations ionisantes les personnes situées à proximité, entraînant un risque pour les riverains et les cheminots. La réglementation sur le transport des matières radioactives autorise des débits de dose pouvant aller jusqu’à 2 milliSievert par heure au contact du wagon, soit un niveau de radiation environ 20 000 fois supérieur à la radioactivité naturelle(2).

 

Un transport tenu secret

Malgré ces risques, les autorités ne fournissent aucune information sur ce type de transports, et taisent leur dangerosité pour les riverains, la population et les salariés concernés. Certains services de l'Etat et les collectivités et élus locaux, qui devraient être formés et avertis pour pouvoir réagir et mettre en œuvre un plan d'urgence en cas de problème, sont maintenus dans l'ignorance.

Le Réseau "Sortir du nucléaire", RNA et SUD-Rail tiennent à rappeler qu'il est conseillé aux agents et au public de se tenir éloignés d'un convoi hautement radioactif stoppé en gare, et incitent les cheminots à exercer leur droit de retrait en cas d’intervention sur ces convois.

 

Un transport inutile

L'industrie nucléaire produit chaque année des tonnes de déchets dont on ne sait que faire(3). Certains pays étrangers, dont l'Italie, envoient le combustible usé issu de leurs centrales à l'usine AREVA de La Hague pour qu'il y soit “traité“ : l'Hexagone est ainsi régulièrement traversé par ces déchets.

Pourtant, loin d'être une solution, le “traitement“ des déchets engendre des risques et des transports supplémentaires. Il contamine de manière irréversible la pointe du Cotentin en rejetant des effluents chimiques et radioactifs dans l'eau et l'environnement. Il est de surcroît inutile : le traitement à l'usine de La Hague ne diminue pas la radioactivité des déchets, mais il augmente au contraire leur volume. Ainsi, pour une tonne de matière retraitée, environ 65 m3 de déchets sont produits.

 

Un transport illégal ?

Ces transports de déchets italiens ont été autorisés par un accord entre les gouvernements français et italien(4). Dans le cadre d'un contrat conclu entre AREVA et la société italienne SOGIN (Société de gestion des installations nucléaires), AREVA doit traiter à l'usine de La Hague 220 tonnes de combustibles à base d'uranium et 15 tonnes de combustibles MOX (oxydes mixtes d'uranium et de plutonium) issus des réacteurs italiens en démantèlement.

Or, les délais de retour en Italie (entre 2020 et 2025) de ces déchets ne semblent pas justifiés techniquement, alors que cette justification est un des critères imposés par la réglementation en vigueur. L'ASN, dans une note d'information du 18 décembre 2007(5), avait d'ailleurs tenu « à rappeler publiquement ses réserves » sur la légalité de cet accord.

Le Réseau "Sortir du nucléaire", la Rete Nazionale Antinucleare et le syndicat SUD-Rail appellent à une mobilisation tout au long du trajet et maintiennent leur position :  le nucléaire ne peut être ni propre, ni sûr, et il n'existe aucune solution viable et pérenne pour ses déchets.
 

Informations complémentaires

(1) La Savoie, l'Ain, la Saône-et-Loire, la Côte-d'Or, l'Yonne, la Seine-et-Marne, l'Essone, le Val-de-Marne, les Yvelines, l'Eure, le Calvados et la Manche. 
 
(2) En 1998, le laboratoire de la CRIIRAD a mesuré, à 50 mètres d’un wagon transportant du combustible irradié, un flux de radiation gamma nettement supérieur à la normale. Le débit de dose gamma neutrons était plus de 500 fois supérieur au niveau naturel, à 1 mètre du wagon. Comme l'a régulièrement rappelé la Criirad, la réglementation autorise ainsi la circulation, en des lieux accessibles au public, de wagons dont le niveau de radiation au contact peut être si importante, qu’en seulement 30 minutes de présence, un individu peut recevoir la dose maximale annuelle admissible pour le public. Voir la note CRIIRAD N°11-20 Risques liés au transport des combustibles irradiés, Valence, 8 février 2011.
 
(3) 1 200 tonnes par an, uniquement pour la France.
 
(4) Cet accord a été signé le 24 novembre 2006 et ratifié par le décret n° 2007-742 du 7 mai 2007, voir http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000649178&dateTexte
 
(5)  http://www.asn.fr/index.php/S-informer/Actualites/2007/Transport-de-combustibles-uses-italiens

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