Pour une ville à l’échelle humaine

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Par Marcel Miro

Mots-clés : Mégapole, ÉcoCité, Développement durable, Transport, Vélo, Bicyclette

 

 « Une ville durable, c’est bon. Une ville où l’accent est sur la population, c’est mieux! », constate l’architecte-professeur Jan Gehl. L’architecte, récipiendaire du prix Sir Patrick Abercrombie pour ses contributions exemplaires à l'aménagement des villes, a une vision d’une ville « où les citoyens réclament la rue, soit à pied, soit à vélo ».

Ce dernier révèle qu’il y a une grande diminution de la qualité de vie des citoyens « depuis l'invasion de la voiture dans nos villes en 1960 ». Pourtant, certaines villes prennent maintenant la décision de restreindre la voiture et de réaménager les infrastructures pour favoriser du transport actif.
 


De gauche à droite, l'architecte MAA et FRIBA Jan Gehl, l'auteure et chercheuse Janice Perlman,  la vice-présidente
et le président du Centre d'écologie de Montréal, Jayne Engle Wernick et Luc Rabouin.
Photo de Marie-Eve Dion. Tous droits réservés.

 

Des exemples à l’international

La ville de Melbourne en Australie encourage ses citoyens à faire du transport actif à grande échelle. Quant à New York, il y a maintenant 600 km de pistes cyclables et le Times Square offre une nouvelle zone piétonne conviviale. Or, ajoute M. Gehl, de telles zones – plus attirantes et sécuritaires pour tous – permettent une croissance de l’activité économique des secteurs touchés allant jusqu’à 70 %.

Depuis plusieurs années, la Scandinavie invite ses citoyens à se déplacer à deux roues plutôt qu’à quatre. « La synchronisation des lumières pour les cyclistes, un tampon de protection entre les voitures et les cyclistes et un système de transport en commun où les bicyclettes sont les bienvenues en tout temps » sont des stratégies gagnantes, remarque M. Gehl. Résultat : en Scandinavie, 30 % des familles utilisent le vélo-chariot pour sortir en famille et les écoliers marchent en toute sécurité sur les trottoirs sans rencontrer des voitures.
 

Et à Montréal ?

Avec une équipe de 16 personnes (8 planificateurs et 8 ouvriers) pour réaliser la cible de 800 km de pistes cyclables en bon état pour 2015, la Division des transports actifs et collectifs de la Ville a beaucoup de pain sur la planche. Selon la Division, le réseau comporte actuellement 530 km de pistes cyclables, soit une augmentation de 130 km depuis 2008. Bien que cet essor soit bien reçu par l’organisation, il n’en demeure pas moins que l’objectif de 800 kilomètres lui semble utopique. Par ailleurs, cet objectif nuit à la réfection des pistes déjà existantes, la main d’œuvre étant occupée à agrandir le réseau, et non à l’entretenir. Dans ces circonstances, l’entretien du réseau cyclable à Montréal se place par défaut quelques parts dans la liste des priorités des Arrondissements, et non dans celle de la Divison.

Pour Mona Luxion, étudiante en planification urbaine à l’université McGill, « [même avec la prolifération des pistes cyclables], faire du vélo à Montréal exige encore trop de force. Je déplore le fait que je dois me mettre en compétition contre des voitures pour me rendre à mes destinations! » Après avoir participé mardi à une session de l’Écocité sur le Nigéria, elle croit que la première étape pour développer des villes plus humaines est de limiter ou interdire la voiture.
 

Les idées du Sud

L’auteure-chercheuse et conférencière au Sommet Écocité2011, Janice Perlman, encourage une réflexion sur le fait que la plupart des 25 mégavilles mondiales se trouvent maintenant dans l’hémisphère sud. Ce sont des mégapoles qui comptent au moins 10 millions d’habitants et où les infrastructures satisfont à peine les besoins des populations en forte croissance. Elle constate qu’il y a de très bonnes idées et de bonnes planifications dans ces mégapoles, mais qu’il faut les mettre en œuvre plus rapidement.

Selon Mme Perlman, le Sud a déjà démontré des compétences pour créer des solutions pratiques, et ce, sur une échelle humaine. Par exemple, la mégapole de Mexico utilise le programme Ecobici(semblable à Bixi) pour contrer ses problèmes de congestion et de pollution. Faisant un clin d’œil à Écocité2011, la chercheuse constate que « trouver une façon de communiquer à l’international ces approches gagnantes est la clé pour développer des villes durables. »

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