Une délégation à Marrakech : des témoins de la mise en oeuvre de la Conférence de Paris

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Par Denis Plante

 

La Conférence sur les changements climatiques de Paris, en décembre 2015, s’est fixée comme objectif  principal de mettre en œuvre les engagements convenus, à savoir des objectifs nationaux et différenciés, une reddition de comptes aux 5 ans et une volonté annoncée de réduire l’émission des gaz à effet de serre à moins de 2 degrés C. La Conférence de Marrakech (COP-22), qui se déroulera au Maroc du 7 au 18 novembre prochain se présente comme l’occasion de porter plus loin ces avancées et de raffermir cet accord planétaire de 195 pays.

À ce titre, le colloque De Paris à Marrakech : Passons à l’action visant à soutenir une délégation étudiante de l’Université de Sherbrooke à Longueuil s’est tenu le 26 octobre dernier. Ces dix étudiant(e)s  participeront à ce rendez-vous international afin de témoigner, comme observateurs  et acteurs de la société civile, des activités et des résultats de cette conférence.

 

Notre Terre : un bien commun à respecter

Dans le cadre de l’allocution d’ouverture, Viviane Michel, présidente de l’Association des femmes autochtones du Québec, nous rappelle que le mode de vie et le rapport à la nature de son peuple, les Innus, sont fondés sur le respect et la pérennité des produits de notre Terre. «Les nations autochtones ont toujours lutté de façon conséquente pour assurer la protection de la nature et ont misé sur le sens commun» affirme la représentante amérindienne. Elle réfère ici, entre autres, à la conservation du caribou et à la protection des terres menacées par l’exploitation minière. Pour elle, la Conférence de Marrakech doit insister sur la responsabilité individuelle et la conduite responsable de chacun afin de mener à bien ses objectifs car nous sommes tous responsables.

 

L’intégration des femmes aux enjeux climatiques, ici et ailleurs

La place et le rôle des femmes dans la lutte aux changements climatiques font l’objet d’une réflexion sociétale et de constats établis. Deux intervenantes en la matière, soient France Levert, présidente du Réseau des femmes en environnement  au Québec et Linda Gagnon, de SUCO, nous ont fait part de leurs analyses et  de leurs observations. Est-ce que le rôle des femmes est différencié ? Est-ce que leurs attitudes et leurs comportements s’avèrent différents de ceux des hommes ? Des interrogations à aborder.

France Levert nous expose que la contribution des femmes, au Québec, aux enjeux climatiques n’est pas caractérisée et se veut non différenciée. « Chez nous, au Québec, tout est beau, dit-elle, et peu importe le sexe, on fait cause commune». Cependant, une question de perception sur ces enjeux existe. Les femmes demeurent généralement plus sensibles aux problématiques de la santé, de l’alimentation, de la consommation responsable et de l’entraide qu’aux solutions dites techniques et aux activités médiatiques. Cette distance, ce manque de reconnaissance sont marqués par la faible représentation des femmes dans les lieux de pouvoir et de représentation. «Une transition juste vers un changement s’impose» réclame la conférencière. Pour ce faire, elle met de l’avant des mesures urgentes : vulgarisation des enjeux climatiques auprès des femmes, promotion des engagements de femmes et surtout une place beaucoup plus importante dans les lieux de décision.

Linda Gagnon, quant à elle, nous entretient de la place des femmes dans les pays en développement. D’abord, les impacts des changements climatiques sont plus sévères dans ces pays par la dévastation et la fréquence des catastrophes et des sécheresses qui les privent des produits de leurs cultures et leurs habitations. Les femmes se situent, de par leur rôle dans la société, en première ligne et sont celles qui sont les plus aptes à s’engager dans les mesures de prévention et d’adaptation. Face aux changements climatiques, elles sont les principales actrices pour combattre les inégalités sociales en résultant et la protection des écosystèmes. Cette contribution doit être reconnue et valorisée et la COP-22 doit l’afficher. « Un appel mondial pour la justice climatique et l’égalité des sexes doit être lancée» exprime la conférencière.

 

Le Canada et les conférences internationales sur les changements climatiques

«Le Canada participé activement à la Conférence de Paris et s’est engagé fermement à jouer un rôle constructif et de leader» fait valoir Louise Métivier, négociatrice en chef du Canada à la COP-21. Son bilan de cette rencontre internationale se présente comme fort positif : responsabilité commune, présence active des acteurs externes, la cible de réduction à moins de 2C et l’adoption d’une entente dans les 12 mois suivants sont porteurs d’avenir. De la Conférence de Copenhague, se concluant en ordre dispersé  à celle de Paris, témoin d’une volonté collective, un grand pas a été franchi.

«Le Canada joue un rôle de leader » soutient-elle par son projet d’une politique pancanadienne et la fixation du prix du carbone au pays. Sa présence à la Conférence de Marrakech sera centrée sur les efforts à accomplir afin de mettre en œuvre certains engagements pris à Paris, à savoir entre autres,  les mesures d’adaptation et leur financement  et l’inclusion des droits humains dans cet accord. «La mobilisation des acteurs non-étatiques sera déterminante » conclue la conférencière.

 

Les états fédérés et leur place dans ces  accords  

Hugo Séguin, professeur de l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, nous expose le rôle que peut  tenir un état fédéré comme le Québec dans le cadre de ces accords internationaux. Il retient, en premier lieu, que la prétention de leader du Québec se confirme, entre autres,  par ses politiques, son expertise et sa participation au marché du prix du carbone. D’ailleurs, d’autres états fédérés, comme la Californie et l’Écosse, s’engagent dans la même voie. Dans ce sens, le Québec se démarque des autres provinces canadiennes par une présence active et coordonnée à ces grandes messes climatiques.

«Au Québec, il existe une presque unanimité à reconnaître la problématique des changements climatiques et à mettre en place des mesures et des objectifs pour changer le cours des choses» soutient le professeur et analyste. De même, le gouvernement québécois peut s’appuyer sur des organisations de la société civile et des universitaires pour soutenir ses positions et ses propositions. Cependant, ce leadership déclaré doit se rendre compte qu’il faut refaire ses devoirs et choisir la voie de la transition énergétique et renoncer à l’exploitation continue des hydrocarbures, comme le projet Énergie Est.« Sa crédibilité sera alors mise en jeu» nous dit Hugo Séguin.

 

 

Source : GaïaPresse

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