LETTRE OUVERTE: Et le contexte, monsieur Descôteaux?

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Photo de Sakhorn38 – FreeDigitalPhotos

Dans son éditorial intitulé Miroir aux alouettes, le directeur du Devoir fait un état des lieux très pertinent sur le dossier du pétrole à Anticosti. Il rappelle l’histoire des droits d’exploitation que détenait Hydro-Québec; il souligne le consensus suscité par l’annonce du gouvernement péquiste qui donne le feu vert à l’exploration sur l’île, et la réaction favorable de la plupart des partis politiques et des milieux d’affaires. Il met toutefois en garde les décideurs sur plusieurs aspects : le pétrole d’Anticosti est du pétrole de schiste, ce qui implique le recours à la fracturation, dont on connaît les effets délétères; l’ensemble de l’opération peut ne pas être rentable du tout; enfin, le « bijou environnemental » que constitue Anticosti risque de subir des impacts importants.

Mais monsieur Descôteaux semble ignorer qu’une décision aussi importante que celle-ci s’inscrit dans un contexte infiniment plus large, qui change complètement la donne : le Québec n’est pas seul au monde. Partout sur la planète, les perturbations du climat nous obligent à nous rendre à l’évidence : il faut freiner la production de gaz à effet de serre, il faut ralentir la combustion des hydrocarbures fossiles. Les scientifiques s’épuisent à le répéter : les 2/3 des ressources de combustibles fossiles de la planète doivent demeurer dans le sol si nous voulons prendre nos responsabilités face aux populations plus menacées que nous par les changements climatiques, et face à nos enfants et petits enfants.

Dans ce contexte, le Québec ne devrait-il pas faire un effort pour être exemplaire? Nous sommes assez riches collectivement pour renoncer à l’exercice dangereux que nous impose le gouvernement. Soyons responsables. Revoyons notre politique énergétique dans un cadre qui réexamine réellement notre dépendance aux hydrocarbures. Renonçons aux hydrocarbures non conventionnels. N’encourageons pas le développement des sables bitumineux. Travaillons sur les économies d’énergie et sur les technologies qui les permettent. La fausse prospérité et la pseudo-indépendance énergétique qu’on nous fait miroiter avec le pétrole d’Anticosti, c’est bien là le miroir aux alouettes.

 

Source: Denise Campillo, membre du Comité de vigilance gaz de schiste de Roxton Falls

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