Cultiver ou densifier, quels usages pour les terrains patrimoniaux de Sillery?

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Par Eugénie Emond


Mots clés : parc des Grands Domaines, Coalition pour l'arrondissement historique de Sillery, agriculture urbaine, jardins communautaires de Sillery

 

Photo de Eugénie Emond – Tous droits résérvés

L'agriculture urbaine retrouvera-t-elle enfin ses lettres de noblesse sur le site patrimonial de Sillery?

C'est ce que souhaite la Coalition pour l'arrondissement historique de Sillery qui s'oppose aux îlots de densification et à la construction des 800 unités d'habitation prévus dans le scénario de mise en valeur du parc des Grands Domaines élaboré par la Ville de Québec et rendu public le 6 juin dernier. 

A l'heure où la décision du ministre de la Culture et des Communications Maka Kotto se fait toujours attendre concernant le Plan de conservation du site, la Coalition dénonce le scénario qu'elle juge précipité. « La création du parc des Grands Domaines ne saurait être considérée comme une monnaie d'échange pour autoriser un développement immobilier débridé du site patrimonial »,  a martelé Charles-Robert Dionne, vice-président de la Coalition lors d'un point de presse le 12 juin dernier. 

 

Comme des condos sur les plaines 

C'est qu'avec cette proposition, la Ville affirme vouloir contrer l'étalement urbain et répartir équitablement la densification dans tous ses quartiers tout en créant le parc des Grands domaines et des sentiers le long de la falaise qui seraient reliés à la promenade Samuel de Champlain. Une idée d'abord soumise par Héritage Québec, membre de la Coalition. Or ajouter de nouvelles habitations sur ce site serait une action aussi incongrue pour le regroupement que d'aller construire des condominiums sur les plaines d'Abraham. 

 

Densifier de façon harmonieuse

Pour le professeur adjoint au département de sociologie de l'Université Laval et nouvellement résident du secteur Dominique Morin, la densification n'est pas mauvaise en soi, mais bien les usages qu'on en fait. Et pour l'instant, les quelques édifices à condos nouveau genre répartis sur les différents terrains et désignés de « boîtes à beurre » par certains résidents du secteur ne s'harmonisent pas du tout avec le style du quartier. Selon lui, la densification autour du secteur de l'aréna avec des types d'unités d'habitations plus propices à attirer de jeunes familles est une meilleure option. Mais encore faut-il conserver l'aréna, ce qui n'est pas dans les plans pour le moment. « Oui lotir pour emmener de la vie dans le coin, mais si on enlève les espaces communs comme l'aréna et le jardin communautaire, c'est un non sens », affirme le sociologue qui propose de localiser ces lotissements plutôt au nord de l'aréna.

 

Retour à la culture maraîchère

La Coalition rêve d'un tout autre programme pour le terres des communautés religieuses vendues à des intérêts privés. Elle suggère que les bâtiments conventuels soient convertis pour répondre à des activités économiques ou sociales, mais souhaite également un véritable retour aux sources sur le site.   « Ça impliquerait la renaissance autant que possible de l'agriculture urbaine et des jardins à l'anglaise des siècles passés», soutient Simon Verbruggen de la Société d'histoire de Sillery, membre de la Coalition. 

Il rappelle d'ailleurs la richesse de ces terres autrefois cultivées pour des raisons alimentaires, mais aussi horticoles et expérimentales. La bourgeoisie d'affaire du XIXième siècle y entretenait villas et dépendances où certaines variétés de fraises et d'asperges ont même été développées. 

 

Réfléchir à l'usage plutôt qu'à la superficie à conserver

Pour Dominique Morin, la réflexion collective devrait d'ailleurs plutôt s'articuler autour des usages qu'on fera d'un lieu dont la plupart des gens n'a présentement qu'une vague idée en tête. « Est-ce qu'on veut démocratiser le fait qu'on entre dans un domaine privilégié ou est-ce qu'on en fait des plaines d'Abraham? », questionne-t-il.

 

Source: GaïaPresse

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