L’éclairage d’un héritage toujours d’actualité

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Photo tirée du site http://pierredansereau.uqam.ca/

Par Éliane Brisebois

Journaliste indépendante et candidate à la maîtrise en sciences de l’environnement de l’UQAM

 

Si les changements que connaît l’environnement depuis des années sont nombreux et diversifiés, il en est de même pour les sciences qui les étudient. C’est dans la mouvance d’une réflexion sur la mission et l’orientation des sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal qu’a été organisée la Semaine Pierre-Dansereau en sciences de l’environnement qui se tiendra du 5 au 8 mai prochain.

La semaine rendra hommage au scientifique de l’environnement reconnu mondialement et penseur humaniste qu’était Pierre Dansereau, décédé en 2011 à l’aube de son 100e anniversaire. Mais l’événement est surtout le prétexte à l’élargissement de la réflexion sur la place et la définition des sciences de l’environnement dans le contexte actuel. À l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) de l’UQAM, qui organise l’ensemble des activités qui ponctueront la semaine, « on pense que l’héritage de M. Dansereau est un terreau fertile pour alimenter cette réflexion », explique Marie St-Arnaud, chargée de cours à l’ISE et membre du comité scientifique de l’organisation de la semaine.

 

Culture et environnement

Tout comme d’autres de ses collègues du comité scientifique, Mme St-Arnaud a été personnellement marquée par Pierre Dansereau, son œuvre, son approche et sa personnalité. Dansereau a terminé sa longue carrière en travaillant comme professeur à l’UQAM pendant une trentaine d’années. Son passage aura laissé des traces indélébiles, le chercheur ayant contribué à concrétiser le caractère interdisciplinaire des programmes de maîtrise et de doctorat en sciences de l’environnement. « M. Dansereau était le seul professeur qui était vraiment disposé [à devenir mon directeur de mémoire] et qui m’encourageait dans une ouverture aux sciences humaines et à la dimension culturelle des sciences de l’environnement », témoigne Marie St-Arnaud qui, après un baccalauréat en biologie, a orienté ses études de maîtrise et de doctorat vers la foresterie autochtone.

L’intégration de la dimension culturelle à notre rapport à l’environnement a mené Dansereau à publier en 1973 La Terre des hommes et le paysage intérieur, son principal ouvrage sur l’écologie humaine. C’est entre autres grâce à ce livre que le sociologue de l’environnement René Audet, professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementaleet directeur de l’ISE, s’est intéressé à l’œuvre de Dansereau qu’il a rencontré une fois lors de sa maîtrise, il y a une dizaine d’années. L’idée des représentations symboliques et de leur lien avec l’impact humain sur l’environnement, cette métaphore du « paysage intérieur », a interpellé René Audet. « J’ai aimé cela parce que ça m’a semblé être le scientifique des sciences naturelles qui s’arrête au moment où il voit qu’il a besoin des compétences d’autres. Cette idée de paysage intérieur, c’est pour donner de la place, en partie, aux poètes, aux artistes, aux sociologues, aux historiens… à tous ceux qui travaillent moins sur les aspects biophysiques [des enjeux environnementaux] », analyse-t-il.

 

Un scientifique plein d’humanité

L’approche interdisciplinaire préconisée par Pierre Dansereau est également ce qui a amené Normand Brunet à travailler avec lui, d’abord en tant qu’étudiant au doctorat à l’ISE dans les années 80, puis comme chercheur sur des questions d’environnement urbain au Brésil. « Au départ, je suis biologiste, écologiste, mais je me suis rendu compte au fil de mes expériences de travail que si on ne s’intéressait pas à la prise de décision, à la sphère politique et sociale, on passait à côté des problèmes et on n’avait aucune prise sur les solutions », raconte le chargé de cours à l’ISE et expert en environnement urbain. À l’époque, son projet de doctorat, qui intégrait des dimensions écologiques, mais aussi économiques, politiques et sociales, avait été difficilement accepté par les responsables du programme. « Cela a été une difficulté constante tout au long de mon doctorat. Mais le fait d’avoir Pierre Dansereau comme directeur m’a aidé à plus d’une reprise », se remémore M. Brunet qui salue aussi les qualités humaines de son ancien directeur de thèse. « C’était un scientifique brillant, mais aussi quelqu’un de préoccupé par les questions de solidarité, de compassion, d’équité et cela faisait de lui un homme extrêmement chaleureux et intéressant à côtoyer. »

« Bien que c’était un homme d’une sagesse extraordinaire, il était humble et sa posture en tant qu’enseignant, l’était aussi, renchérit la professeure en sciences de l’éducation Isabel Orellana, qui l’a côtoyé pendant sa maîtrise en sciences de l’environnement. Il répétait souvent, et c’était comme un slogan, “si je n’apprends rien de vous, vous n’apprendrez probablement pas beaucoup de moi non plus”», se rappelle la directrice du programme de maîtrise en sciences de l’environnement.

Isabel Orellana, qui est d’origine chilienne, dit avoir partagé avec Pierre Dansereau « l’intérêt de bâtir des ponts entre les univers des Amériques du Nord et du Sud qui se connaissaient peu ». « En fait, c’était la curiosité de vouloir produire ou créer des espaces qui permettaient de rencontrer ces mondes culturels contrastés, mais aussi les savoirs de divers domaines, de divers angles et spécialités, en vue de voir aux réalités qui nous préoccupent aujourd’hui. »

Car c’est bien de cela dont il est question en sciences de l’environnement : briser les cloisons entre les différentes sphères de la société et les frontières disciplinaires de l’université, comme Dansereau a tenté de le faire pour tenter de comprendre et de répondre aux problématiques environnementales. Et c’est pourquoi son œuvre résonne encore aujourd’hui, plus fort que jamais.

Pour consulter la programmation de la Semaine Pierre-Dansereau en sciences de l’environnement : https ://pierredansereau.uqam.ca

 

Source : Gaïa Presse

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